Beaucoup de parents me posent cette question au détour d’un rendez-vous : “Est-ce qu’on peut ouvrir un PEA pour notre enfant ?” La réponse courte est non. Un PEA ne peut pas être souscrit au nom d’un enfant mineur, quelle que soit la banque. Pourtant, l’envie de leur construire un capital solide dès le plus jeune âge est légitime, et les options ne manquent pas. Voici ce qu’il faut vraiment savoir avant d’agir.
PEA pour mineur : pourquoi c’est impossible et ce qui existe vraiment
Le cadre légal est sans ambiguïté. Le PEA est accessible uniquement à partir de 18 ans. Il existe certes un PEA jeune, mais il est réservé aux 18-25 ans rattachés au foyer fiscal de leurs parents, avec une limite de deux PEA par foyer fiscal. Autrement dit, si vous ouvrez un PEA jeune pour votre fils de 20 ans encore rattaché fiscalement à votre foyer, ce PEA compte dans ce plafond. Passé 25 ans ou en cas de détachement du foyer, le PEA jeune se transforme en PEA classique.
La fiscalité du PEA mérite d’être comprise avant toute décision. Avant 5 ans de détention, les gains sont taxés à 31,4 % (flat tax, taux renforcé par la LFSS 2025). Au-delà de cette durée, seuls les prélèvements sociaux s’appliquent, soit 18,6 % sur les plus-values. C’est précisément cet atout fiscal qui rend le PEA attrayant sur le long terme, mais encore faut-il y être éligible.
Pour investir en actions au nom d’un enfant mineur, le compte-titres ordinaire (CTO) reste la seule alternative adaptée. Les parents peuvent l’ouvrir et le gérer pour leur enfant sans âge minimum ni plafond de versement. Les plus-values et dividendes y sont taxés à la flat tax de 30 % par défaut, ce qui est légèrement moins avantageux qu’un PEA mature, mais la liberté d’utilisation compense largement cette contrainte. Sur un horizon de 10 à 15 ans, des ETF exposés à des marchés comme le Nasdaq ou les émergents peuvent y trouver leur place, à condition que la stratégie reste cohérente avec un horizon long terme, conformément au principe de gestion prudente imposé aux parents.
Un point souvent oublié : les parents disposent d’un droit de jouissance sur l’épargne jusqu’aux 16 ans de l’enfant. Ils peuvent utiliser les revenus générés, mais engagent leur responsabilité s’ils gèrent ce patrimoine de manière imprudente. Les placements ultra-spéculatifs comme les cryptomonnaies, par exemple, seraient juridiquement contestables dans ce cadre.
| Produit | Âge minimum | Plafond | Fiscalité |
|---|---|---|---|
| CTO | Aucun | Aucun | Flat tax 30 % |
| Livret A | Dès la naissance | 22 950 € | Exonéré |
| Livret Jeune | 12 ans | 1 600 € | Exonéré |
| PEL | Aucun | 61 200 € | Flat tax 31,4 % |
| Assurance-vie | Aucun | Aucun | Avantageuse après 8 ans |
Les placements concrets pour épargner pour un enfant mineur
J’ai eu un jour un père de famille dans mon bureau, décidé à “placer 50 euros par mois” pour sa fille de 3 ans. La discussion a duré une heure. Le bon produit dépend vraiment du profil, de l’horizon et de l’objectif. Voici les principales options à considérer, sans langue de bois.
L’assurance-vie pour enfants est probablement la solution la plus flexible. Elle accepte des versements libres, peut être investie en fonds euros (sans risque de perte en capital, mais rendement faible) ou en unités de compte (risque de perte, rendement potentiellement élevé). L’idéal est d’ouvrir le contrat avant le 10e anniversaire de l’enfant : à sa majorité, le contrat aura atteint 8 ans, ouvrant droit à un abattement fiscal annuel de 4 600 € sur les retraits. Les deux parents ou représentants légaux doivent donner leur accord à l’ouverture.
Pour une planification financière efficace pour les jeunes adultes, il est aussi possible d’envisager les SCPI. L’enfant mineur peut recevoir des parts en son nom. Les SCPI ont affiché un rendement moyen de 4,91 % en 2025, les meilleures dépassant les 6 %. Jusqu’à ses 16 ans, les loyers sont reversés aux parents ; ensuite, ils peuvent être versés directement sur le compte de l’enfant.
Le Livret A reste la base. Son taux est passé à 2,4 % le 1er février 2025, puis à 1,7 % le 1er août 2025 et à 1,5 % le 1er février 2026. Avec un plafond de 22 950 €, c’est une réserve de précaution, pas un outil de capitalisation. Sur le long terme, ce taux reste inférieur à l’inflation. Autrement dit, l’argent qui y dort trop longtemps perd progressivement de sa valeur réelle.
- Ouvrir un Livret A dès la naissance pour représenter une réserve de précaution.
- Souscrire une assurance-vie avant les 10 ans de l’enfant pour activer les avantages fiscaux à la majorité.
- Envisager un CTO pour une exposition aux marchés actions sur le long terme.
- Visiter les SCPI pour diversifier avec de l’immobilier indirect.
Commencer tôt : l’argument des intérêts composés et de l’éducation financière
Le temps est l’actif le plus précieux en investissement. Investir 69 € par mois dès la naissance peut suffire pour atteindre 30 000 € à 18 ans. Attendre que l’enfant ait 10 ans exige 224 € par mois pour le même résultat, soit plus de trois fois l’effort mensuel. Cette différence illustre parfaitement la puissance des intérêts composés : avec un rendement de 10 %, 100 € deviennent 110 € après un an, 121 € après deux ans, et 133,1 € après trois ans. Les gains génèrent eux-mêmes des gains.
Sur une période d’au moins 10 ans, les indices boursiers mondiaux ont été presque systématiquement positifs, même en traversant des crises majeures. C’est pourquoi le CTO avec des ETF diversifiés, bien que risqué à court terme, reste pertinent pour un horizon de 15 à 18 ans. La volatilité de court terme s’efface derrière la mode de fond.
Épargner pour ses enfants, c’est aussi les initier à la gestion de l’argent. L’école leur apprend à compter, rarement à comprendre un taux d’intérêt ou la notion d’inflation. Dès 16 ou 17 ans, un adolescent peut s’impliquer activement dans les choix d’un CTO ou d’une assurance-vie déjà ouverts. Pour aller plus loin dans cette logique, vous pouvez consulter des ressources sur comment investir sans risque excessif pour un premier placement.
Sur le plan fiscal, les versements effectués via présents d’usage (sommes proportionnées à un événement précis : anniversaire, Noël) ne sont pas requalifiés en donation. Pour des montants plus notables, l’abattement de 100 000 € par parent et par enfant s’applique. Enfin, si vous réfléchissez à votre propre patrimoine en parallèle, les stratégies décrites dans ce billet sur épargner pour la retraite peuvent compléter utilement votre approche globale. Construire pour vos enfants et préparer votre propre avenir ne sont pas deux démarches opposées, elles se nourrissent mutuellement.







